La lutherie, le violon d’Ingres de Sylvain Tournaire

Ce jeune homme posé à la silhouette élancée et aux doigts interminables est luthier depuis six ans. Après des études de biologie et un peu de musique, il décide de se diriger vers du concret.

Sylvain découvre la lutherie en travaillant le bois, il ajuste les âmes et taille les chevalets avant de faire sonner l’instrument et pas n’importe lequel, il choisit de fabriquer, restaurer, réparer les instruments du quatuor : deux violons, un alto et un violoncelle.

« On devient luthier par passion du bois et de la musique » avoue-t-il. Une vocation qui le fera voyager, de l’Allemagne où il fait son apprentissage à la très renommée école de Mittenwald en Bavière, à l’atelier de restauration de Regensburg où il fait ses premières gammes jusqu’en Italie sur les pas des maîtres de l’âge d’or du violon où il se nourrit de l’expérience de plusieurs générations de luthiers.

« J’ai toujours été attiré par la culture classique, j’ai choisi un apprentissage très rigide pour avoir des bases solides car ce métier c’est à 50% de la création et à 50% de la restauration »

Contrairement à ce que l’on pourrait penser depuis une vingtaine d’années, le nombre de luthiers a explosé, ce n’est pas un métier confidentiel, en voie de disparition car là où il y a des musiciens, il y a des luthiers.

Installé depuis quelques mois à La Bastide de Sérou, c’est dans un atelier baigné de soleil que Sylvain fait vibrer les cordes de ses violons. Mais avant d’avoir travaillé l’instrument à la gouge à ébaucher, il y a un véritable rituel, il faut choisir le bois : érable et épicéa sont les essences du violon.

« Je fabrique actuellement un modèle de Stradivari de 1721 que j’ai redessiné… on cherche toujours à rester dans les pas de nos maîtres »

Les arbres sont sélectionnés avec soin : « à partir du choix du bois, chaque pièce est unique et la façon de travailler est différente. Je vis mon travail comme une médiation, plongé dans l’ouvrage, rassemblant les éléments pour rendre la musique possible »

Sylvain privilégie le travail de l’érable sycomore venu des Balkans, réputé pour la dureté de son bois et l’épicéa provenant de l’arc alpin. Il les travaille comme au XVIIe siècle en creusant dans la masse, à la gouge ou au rabot.

Le geste est plus ou moins large selon l’épaisseur qu’il veut atteindre (Sylvain la vérifie à l’aide d’un palmer). « Je choisis le bois pièce par pièce selon sa densité, la régularité de sa croissance, son esthétique… je travaille au dixième de millimètre près » précise le luthier.

Ensuite vient l’étape du filetage consistant à poser les filets à 4-5 mm du bord. En plus d’un rôle décoratif, ces fines lignes creusées en profondeur au canif ont un rôle de protection contre les chocs.

Et puis ce sont les vernis à partir d’huile de lin et de résine. Tel un alchimiste, Sylvain réalise lui-même ses décoctions à partir de pigments naturels : « il y a beaucoup d’empirisme et d’expérimentation mais le vernis donne un aspect soyeux et brillant aux instruments »

Des instruments dont il travaille la nature brute choisie avec précaution et menée à ses limites pour en libérer les qualités vibratoires.

Que ce soit pour la création ou pour la restauration, il faut respecter les codes. Après plus de 200 heures de travail, l’important pour Sylvain c’est que l’instrument soit joué.

Les dernières étapes, avant de le mettre sous tension sont cruciales : il s’agit de positionner l’âme à l’intérieur du violon. L’âme et la barre d’harmonie, jouent un rôle essentiel dans la transmission des vibrations des cordes et dans la résistance face à la pression qu’exercent les cordes.

C’est aussi dans la caisse de résonance que l’on trouve l’étiquette mentionnant le nom du luthier fabricant et l’année de fabrication. Dans quelques centaines d’années, les « Tournaires » à l’instar des Stradivarius attendront peut-être des enchères records… les longs sanglots des violons du maître luthier de Crémone bercent toujours le cœur des mélomanes d’une perfection qui défie les siècles.

[(Sylvain Tournaire
Luthier
06 95 10 61 45
Site internet : www.sylvaintournaire.com)]