Rencontre avec Valérie JOLY, une artiste haute en couleurs.

Dans sa maison-atelier installée à Mirepoix, Valérie Joly crée et fabrique des meubles en cartons et des sculptures monumentales en papier mâché. Rencontre avec une artiste haute en couleurs.

Poussez la porte. C’est ici, à l’entrée de Mirepoix, dans cette maison d’architecte, que s’ouvre le monde d’Alice aux pays des merveilles. Coloré, bigarré, tout en courbe. Là, les souris vertes se promènent à dos de tortue, les rhinocéros arborent des beaux anneaux aux oreilles, les autruches portent des chaussettes rayées. Un monde en carton vous avez dit ? Et bien oui ! Depuis un peu plus d’un an, Valérie Joly a osé, et lancé « Eloze ». D’aide soignante la voilà passée créatrice de meubles et objets d’art. Ses matières de prédilection : le carton et le papier mâché. Rencontre.

**L’art, vous y êtes tombée dedans toute petite ?

J’ai toujours aimé le papier. Je me rappelle encore l’odeur du Canson et des impressions qu’on faisait manuellement à l’école. Je voulais faire les beaux-arts, ça n’a pas pu se faire. Avant de m’installer, pour mon plaisir, je faisais de l’art naïf, de la peinture sur meuble. Je me suis dit, pourquoi ne pas créer mes supports tout en courbes ? Le carton s’y prêtait. Ma vraie passion, c’est la maison. Je suis une férue de déco, je suis toujours en veille.
Petit à petit, j’ai fabriqué des meubles pour ma maison : un meuble en forme de téléphone pour la télé, une table basse, un fauteuil, une table, une bibliothèque en éventail… J’étais aide-soignante dans la fonction publique. L’occasion s’est présentée de faire autre chose. Ce que je faisais avant par plaisir et devenu autre chose. Aujourd’hui je ne fais que ça.

**Qu’est ce qui vous inspire ?

Je m’inspire d’un coup de cœur. J’ai du mal à créer à vide. Le mot classique me fait peur. Pour les meubles, les gens qui viennent me voir ont déjà une idée. Une station-service m’a demandé de réaliser un paravent. Je me suis rendue sur place pour me rendre compte. Je fais du sur-mesure, des pièces uniques. Je veux rester dans le jamais vu et je n’aime pas le travail en série. Et j’alterne entre les meubles et les sculptures. Il faut faire durer le plaisir !

Les animaux ont une place de choix dans vos sculptures…
Je regarde des reportages animaliers, des images sur Internet. Je travaille avec des plaquettes d’inspiration, comme un décorateur. Le but est de recréer le volume, les détails de l’animal. Qu’il y ait un rendu vivant, mais aussi de lui donner une âme, de le parodier.

**Qu’avez-vous réalisé comme animaux ?

Un client est venu me demander de fabriquer un frelon asiatique pour son fils. J’ai horreur des insectes, c’était un vrai challenge. J’ai aussi fait une autruche, j’ai toujours été fascinée par cette bête très snob. La tortue a un côté préhistorique qui m’a plu. L’ours, je l’ai voulu très masculin. Dès que je peux, j’attaque le gorille !
Où trouvez-vous le carton ? Comment le travaillez-vous ?
Je travaille avec du carton recyclé à double cannelure. Au début, tous les mardis, je faisais les recyclables, j’allais chercher le carton chez les commerçants de pare-brise. Aujourd’hui, je l’achète à Chalabre. J’ai fait une première initiation en 2012, puis une formation de 10 semaines en suivant. Il faut comprendre le sens de la résistance de la matière, c’est un peu le système Eiffel. C’est quand même technique. D’abord, je fais un dessin sur un plateau, puis je découpe la façade. Une fois la structure montée, je lisse, je krafte. Et je finis par la peinture. Pour un chevet, c’est trois jours de travail, et 60 heures pour un fauteuil classique.

**Qui sont vos clients ?

Des particuliers pour l’essentiel. Le local c’est ce qui marche le plus. Dans les grandes villes, c’est plus facile. Les gens sont habitués à voir des choses différentes, ici c’est très classique. Dans l’idéal, j’aimerais travailler avec des architectes, des décorateurs. Pour les sculptures, j’aimerais voir avec des restaurants, des hôtels. J’ai été exposé à la fondation René Pous pendant un mois. Il faudrait que je trouve quelqu’un avec qui on se complète pour aller sur des salons. Parce que pas vu, pas connu, pas reconnu… Si un jour je dois retravailler, ça ne sera pas un problème. J’aurai toujours plus d’expérience dans les meubles, ce sera donc un peu plus de plaisir.


[(www.eloze-creations.fr)]

Article parue dans la dépêche du midi le 29/03/2016