Taxidermiste, un métier en voie de disparition

En 1978, Pierre Mendaille a ouvert son atelier de taxidermie à Mazères. Depuis, il a naturalisé des centaines d’animaux. Rencontre avec un des derniers représentant d’un métier en voie de disparition.

« Je ne sais rien faire d’autre… » Depuis 1978, Pierre Mendaille est taxidermiste à Mazères. Avenue Maréchal-Foch, la boutique est discrète. Aucune affiche. Seul un zèbre trône dans la vitrine. Ici, tout se passe dans l’atelier.

Sur la table gît un lagopède. Tout du moins, son enveloppe… « Le moins intéressant, c’est le dépeçage », reconnaît le soixantenaire. Après avoir traité la peau, il faut maintenant la sécher. Méticuleusement. La taxidermie - littéralement arrangement de la peau - est une histoire de patience.

Il faut quelques heures pour naturaliser un oiseau, plus d’une centaine pour une grosse pièce. « Le plus difficile, c’est d’arriver à retrouver l’attitude, le mouvement de l’animal lorsqu’il était vivant. Quand la peau sèche, elle se déforme. Et les plumes sont mobiles. C’est un challenge de tout remettre en place ». Pierre Mendaille a tout appris seul.

En se documentant sur les espèces, en les observant lorsqu’il part à la chasse. Et en se renseignant auprès d’autres taxidermistes. « Les méthodes ont évolué. Avant, on bourrait les animaux avec de la paille, maintenant, on utilise des blocs de polyuréthane. » Des blocs qu’il faut sculpter et qui offrent de nouvelles possibilités, plus de réalisme.
Une fois recouverts de peau, on devine un muscle ou une veine saillante, comme sur cette antilope tout droit venue d’Afrique. « La peau arrive salée, désinfectée. Elle est passée par la douane.

La réglementation française est très stricte (voir encadré NDLR). Mes clients sont des chasseurs qui veulent garder un trophée, des musées, ou des particuliers qui ont trouvé un animal mort, comme un renard. » Les animaux domestiques ? Très peu pour lui. « Il y a de l’attachement.
C’est très sentimental pour les gens. Ces animaux ont un regard particulier que je ne connais pas. » Chez lui, l’homme a des chiens, des chats, des chèvres. Dans sa boutique, on trouve des poissons, des buffles, des faisans. « En France, on ne peut naturaliser que 10 % des espèces. Il en reste, mais j’ai moins de travail qu’avant ».

« Le taxidermiste » est lui aussi une espèce en voie de disparition. En Ariège, ils sont deux. Pierre Mendaille n’a eu qu’un apprenti « envoyé par le ministère de l’environnement. Il est reparti en Afrique exercer. » Presque 40 ans après ses débuts, il ne pense pas encore à arrêter. Le choix de la taxidermie ? « Les animaux je les aime. C’est un peu bizarre… On n’explique pas tout. »

Taxidermie : ce que dit la loi…

La taxidermie est l’art de donner l’apparence du vivant à des animaux morts.
En France 90 % des espèces sont protégées par la loi. 10% des espèces sont libres à la naturalisation, toutes les autres doivent faire l’objet d’une demande au Ministère de l’environnement.

Les espèces classées gibier sont dans l’ensemble autorisées à la naturalisation. Pour les espèces protégées, seuls les organismes administratifs à but éducatif comme les musées d’histoire naturelle peuvent obtenir une autorisation ministérielle. Les animaux domestiques, eux, sont autorisés à la naturalisation.

Pour les espèces venant de l’étranger, elles doivent avoir été chassées en toute légalité dans le pays d’origine, et être passées par les douanes françaises.

source : http://www.ladepeche.fr/article/201...